La rétrospective du FCT tracée par l'ami Bouillon

Le F.C. Thierrens, club d'un village de 600 habitants situé au centre de la campagne vaudoise, sur les hauteurs du Jorat, demeurera toujours un club de foot " à part " par ses structures, sa vie, même si, avec les années, il est entré dans le moule des clubs de ce pays.

Rien ne prédestinait ce gros carrefour des routes de l'arrière-pays à vibrer pour le football. Enraciné dans la culture des patates et partagé entre le chant et la fanfare, peu de monde avait le virus du football, même si quelques prémices de création avaient échoué dans la région.

En 1968 arrive un nouveau " régent ", frais émoulu de l'école normale d'Yverdon, natif de la Vallée de Joux, original, un peu contestataire, mais passionné de spectacle, de scène, d'humour, de ski et de football.

Sa manière de vivre allait faire jaser la bonne campagne un peu calviniste, mais Denis Meylan, dit Bouillon, joua l'amitié, les marginaux, le rêve et l'aventure.

D'abord les écoliers se groupèrent pour des matches contre les autres villages en se déplaçant en 2 CV, puis quelques tournois attirèrent les jeunes de Denezy, Sottens, St-Cierges (la Mecque de la gym).

Poussés par le Papi Golay, arbitre et ex-dirigeant à Lausanne, on cherche un terrain, des fonds, du soutien de la population. Bouillon quitta ses ambitions de footeux à un bon niveau, rangea un peu ses skis et le FC Thierrens voyait le jour le 7 février 1971, avec 4 équipes (deux actives et deux juniors), ce qui inquiéta l'ASF.

Le 7 février 1971, c'est le jour où les femmes votèrent en Suisse et les filles devinrent des pions importants du club, encore aujourd'hui, ce qui laissa pantois la population.

L'aventure partait avec le terrain de la Rosière, immense oasis de bise, de neige, mais de couchers de soleil à attirer tous les mal-aimés du foot.

Bouillon envoyait ses élèves tondre avec le tracteur, chercher la sciure à marquage en guise de punition, bref le Clot, Renaud, Crisinel G., Dizerens, Deppierraz, Porchet (Lorimer) échouèrent en 1973 pour une promotion en 3ème ligue dans un match à séquelles.

Le F.C. Thierrens dérangeait la région par ses activités, ses coups de folie et son inconscience. Les lignes manquent pour raconter les anecdotes qui permirent au club de vivre et d'offrir aux jeunes un jardin d'amitié.

Tout ne fut pas rose, mais même si les comitards se succédaient, il demeurait un noyau solide de filles et de gars animés, malgré les divergences, du même enthousiasme.

Pour subvenir, le F.C. Thierrens a créé le fameux tournoi à six avec plus de cent équipes et les footballeurs connus de ce pays, de Chapuisat à Hertig, en passant par les meilleurs joueurs romands de la 1ère ligue. C'était la fête, le bar sangria, une lumière qui s'est éteinte vers 2000.

Mais plus le tournoi diminuait, plus le cabaret-revue de décembre devenait un mythe artistique, alignant jusqu'à 5000 personnes par année.

Et puis le chalet du foot a permis à tous les jeunes d'apprendre à skier pendant des années dans une atmosphère qui sentait les amourettes, le vin rouge et les pieds.

A Pâques, c'était le traditionnel match à l'étranger, de Rome à Budapest, de l'Angleterre à La Escala, de la Bourgogne à Hambourg.

Le rallye de Pentecôte demeure encore une activité vivante du club.

Après un passage à vide, le FC Thierrens devient Champion vaudois de 4ème ligue, avec les enfants de la région, Forestier, Pasche, Golay, Perrin, Freymond, Séchaud, Gottofrey, Gurtner, qui deviendront, 20 ans plus tard, des dirigeants ou entraîneurs regardant avec fierté leurs enfants briller en 2ème ligue. L'équipe de Bouillon et du président Vulliens frisera la 2ème ligue pour finalement être reléguée en 1983 sur le tapis vert, pour une sombre histoire d'un joueur trop jeune. Aujourd'hui, les clubs incriminées ont tous quitté la scène du foot vaudois.

Avec Louis Gavillet, patron des entraîneurs vaudois, le F.C. Thierrens retrouve la 3ème ligue pour y rester, dans un doux ronron, quand l'ex joueur Schorro (entraîneur) et le retour de l'enfant prodigue Mazziéri, qui fit les beaux jours d'Yverdon, associé à Rigaldo et Freiss (joueurs de 1ère ligue) amenèrent le noyau du club en 2ème ligue après des finales mémorables et une fête aux...

C'est l'époque du président René Crisinel qui gère maintenant la Revue, avec son fils Jérémie.

Mais le comité c'est aussi Jeanfil, créateur de l'orchestre du foot, les Cageots, Marcel Vulliens devenu municipal, les anciens, Michel Renaud, Gilbert Crisinel, les caissiers aux nerfs solides, Devallonné " Bélin " qui faisait la caisse le dimanche matin à la Rosière en jouant à l'aile droite, ainsi qu'Olivier Perrin, aussi sec comme latéral que pour les dépenses.

La gente féminine a été très importante, tant dans les manifestations, les revues, qu'au chalet du foot ou au comité, Monique (18 ans de buvette), Cricri, Francine, Toinon, Anne, Rose, Bébette et bien d'autres jolis minois ont marqué l'histoire du club.

Après une relégation en 1990, dure à digérer, le FC Thierrens s'accroche à la recherche d'une nouvelle génération de joueurs et dès 1993, François Cuany prend la présidence et mènera le bateau entre relégations et promotions avec divers entraîneurs et la saga des Yougoslaves, comme le fameux Dordevic.

Le F.C. Thierrens a toujours eu les meilleurs moments avec les enfants ou gourous du club, même si Vanazzi laisse un bon souvenir. Jean-François Mazzierri reviendra à la tête de la première équipe et offrira une génération de joueurs au président Bernard Pasche dès 2002.

Le F.C. Thierrens c'est aussi la "Deux" aux avant-postes de la 4ème ligue, la "Trois" et les Séniors, célèbres au début par leur fameux souper.

Pour ses finances mais aussi pour ses liens d'amitiés, le FC Thierrens célébrera trois fêtes dans la Rue, en 1981, 1984 (inauguration du terrain du Grand Marais), 1991 (La fameuse affaire de Thierrens, 700ème de la Confédération), ainsi que les fameux Brigands du Jorat, en 1998, la fête des abris en 1996 (25ème de la société et Giron du ChÏur de la Menthue) et Thierrens sur Mer en 2001.

Autant d'aventures qui soulagent les finances mais remplissent les nuits et les albums de souvenirs.

Un terrain, le Grand Marais, sa buvette et son éclairage qui pompe moins que le club pendant ses fameuses...

La Rosière où s'éclate une ribambelle de juniors sur la houlette d'un comité et d'un entraîneur qualifié. Tout baigne aujourd'hui pour ce club qui fête son 35ème anniversaire en pleine maturité.

Le F.C. Thierrens, un enfant de la liberté, d'un métissage social et d'une amitié sur la scène de la vie.

Bouillon
Avril 2002